J’ai connu les rues tatouées de fausses illusions, L’augure triomphal dans sa soudaine intrusion Entre les couloirs fuyant tant de lieux lointains Et la solitude béante collée sur un socle d’airain.
Je n’ai ni oublié le froid tirant sa couverture d’ire Sur mon dos nappé de neige prête à ensevelir La tourmente fourbe et rebelle de la rancœur Limitant l’espoir et l’enjambée vers le bonheur,
Ni le givre duveteux sur mes paupières mi-closes, La parole de la nature qui en sourdine s’expose Avec une vérité aussi irréfragable qu’indifférente, Ni le soleil de l’orient aux douces faveurs clémentes
Décliner son nimbe salutaire sur mon chemin. Les frissons de mon corps apaisaient mes chagrins. Le revers glauque de mes souvenirs d’enfance Devançait mes pas pour refléter ma souffrance.
J’ai oublié de refermer le vain tabernacle sacro-saint Empli de rêves et de prières pour mes lendemains. Je ne me souviens plus vraiment la forme de ses ciboires Où se développait l’anthèse avec son subtil pouvoir
Qui exauçait la floraison imaginaire de mes désirs. Qu’était réellement cet orbe qui me faisait plaisir, Immaculé et découpé dans l’étoffe de la chance ? J’ai oublié de lui exprimer ma reconnaissance.
Je croyais que les anges vivaient dans la perfection, J’en ai vu un déchu, malgré l’acte de la bénédiction, Retourner sur la terre qu’il foulait jadis comme pèlerin, En espérant accéder au moins à un rang de séraphin.
Dans une ferme délabrée je revois devant moi, Crépiter sur les restes d’un âtre, ce feu de bois Que l’aubaine avait laissé encore en pétulance, Flammes éphémères pour un bien-être intense.
J’ai contemplé le ciel défiant les limites de sa dimension. Sa voilure renouvelle tant de décors en expansion! Sur un rideau d’azur s’expriment parfois des fredaines Bouleversant l’arche picturale en discordes soudaines.
La belle étoile était souvent suspendue à mon sommeil. Elle illuminait mes rêves en me donnant de bons conseils. Sur les pas de ma jeunesse, j’ai laissé un brin de sa lumièr Chemin faisant dans mes souvenirs, il est devenu prospère.