Entre la rose rouge et le noir des ébènes Je suis l'amère orange... Au vent des alizés, Du haut des gratte-ciel aux vestiges d'athènes: Des éboulis de coeur et de rêves brisés.
Je suis l'heure arrêtée au clocher du village, L'innocence candeur parmi les médisants. Sur la cire fondue et chaude je suis l'âge Gouttant sur le gâteau de mes premiers dix ans.
Sur l'éponge grattante essuyant cette table Je suis: Miettes de pain. L'humus des longs hivers. La farce devenue un soir inacceptable Quand je vole d'amour dans un autre univers.
Je suis la main qui cueille une autre marguerite... Le frisson de l'automne et de l'effeuillaison. Des pétales tombés sous le toit qui m'abrite L'être ensevelit dans sa funeste maison.
Terre cent fois meurtrie et si chère à mon rêve, Maintes fois interdite au même maraudeur. Aux essences d'amour je suis le nez qui crève D'envie inassouvie de sentir son odeur.
Son prénom endormi sous ma langue soulève Des traverses de mots d'antan. Moyenâgeux... Que ma bouche entrouverte au ciel du mont Salève Egare ses baisers dans le manteau neigeux.
J'ai froid. Tant! Que je tremble... Equilibré sur l'axe De pucelles amours, d'actes bien affranchis. O belle adolescente! O comme elle malaxe Le chaume de nos coeurs dans le même torchis!
O femme! Devenue: Unique. La dernière. L'ultime acte d'amour. Mon sexe évanoui Se réveille parfois seul dans ma garçonnière Comme un pêché de chair, de poussière et d'ennui.
Dans le mouchoir je suis l'oeil du borgne qui pleure Sa moitié disparue... Et dans l'oeil du poisson, Entre des jambes d'homme, accroché comme un leurre, Un sexe qui vivote au bout de l'hameçon.
Mes pleurs au fil de l'heure, entre Meurthe-et-Moselle, Transforment la rigole en mare... Puis ruisseau... Et mon coeur dans le bec du vieux moineau sans elle Me nourrit de chagrin dans le lit du roseau.