Le froid va pétrifier l’automne aux teintes rousses Dans des éclats corail mêlés de pâleurs vierges Et quelques sédiments enlarmeront les cierges Tout en jonchant le sol tel des énigmes douces.
Bientôt, tous les bourgeons s’endormiront sous l’herbe Et ne perleront plus en vagues pathétiques ; L’hiver emportera sous un far maléfique Les quelques traits de bleu courant encore en gerbes.
Comme peau de chagrin touant le désespoir, Sur les chemins de pluie, diminueront les ombres. Juste un point de répit avant que le soir sombre, Et voici que le flux se fige dans le noir.
Avant de scintiller sous d’autres cieux amènes, Le soleil exalté s’embrase et puis s’éteint, Le cœur lourd de sanglots, à l’envers du chemin, En nous tournant le dos, le vent sort de l’arène.
C’est alors qu’effacés par des rais en dormance, Jalonnés de sillons comme des traces vives, Taraudés par les ans en empreintes furtives, Mes pas me guident là jusqu’au miroir d’enfance.
Dans ce reflet teinté de fragments de mémoire, Palette de douceur ou de mélancolie, Le temps impudemment s’invite dans ma vie, Où de premiers frissons avaient su m’émouvoir.
Troublés par mes soupirs et ma venue sur terre, Sur mon petit berceau la lune s’est penchée, L’astre blond a muri les blés de mes années, Et j’ai goûté cent fois aux amitiés sincères.
Non, je n’ai rien perdu de tout mon âge tendre, Ni les bouquets de fleurs, ni les chagrins passés, Mais quand j’arriverai à mon ultime été, Un jour je n’aurai plus que le choix de descendre.
C’est ainsi que couchée sous un tas de fougères Aux heures où l’été s’emplit de nonchalance, Quand le matin renait à la paix du silence, Mon âme sèmera… des bourgeons éphémères.