Une couleuvre digérait un petit rat Paisiblement lovée à l’ombre d’une souche Et Dieu sait si l’on aime, après un bon repas, S’assoupir un moment allongé sur sa couche.
Le plaisir de la sieste est doux et délicat Mais on ne l’apprécie que baigné de silence, Or, dans notre sous-bois, juchée sur un lilas Chantait une cigale avec force indolence.
La couleuvre lui dit : « va donc chanter plus loin Vers les champs moissonnés, tu seras plus l’aise Tu pourras t’installer sur un beau tas de foin… Mais si tu restes là, je veux que tu te taises ! »
La cigale est connue pour son entêtement Son insouciance aussi et son impertinence. « Je suis très bien ici, un déménagement N’est pas dans mes projets » dit-elle sans méfiance.
Il n’est jamais très bon d’agacer un serpent, La couleuvre n’offrit pas de seconde chance À l’insecte insolent, audacieux et bruyant, Qui paya de sa vie, le prix de son silence.
Ami lecteur, conviens qu’il aurait mieux valu Trouver un compromis, et pouvoir satisfaire Chacun, bien gentiment, plutôt qu’être têtu Et aller au conflit à l’issue meurtrière !
Ce récit édifiant, apprends-en la leçon, La morale en est double, fais-en donc tes devises : La force est plus puissante que n’est la raison Et la diplomatie vaut mieux que la franchise.