Vraiment, il serait temps de jouir des délices D’un monde sans souci dont on gagne le port ? Hélas ! Hélas ! J’ai peur que mes propos ne glissent Vers trop de violence et qu’ils me jettent hors De mes gonds, craquelant la surface trop lisse D’une vieillesse enfin abstraite de ses torts…
Eh non ! Je n’y crois pas. Le port, c’est l’horizon ; On avance vers lui, mais toujours, il recule. Savoir que tout est vain et que c’est déraison Ne décourage que ceux qui sont dans leur bulle. Si l’on peut quelques fois goûter celui du corps, Le repos de l’esprit, c’est le rien, c’est la mort !
Avancer à tâtons dans l’invisible quête Et sonder l’infini, c’est l’honneur du poète. Il pose, sans repos, les questions éternelles : Pourquoi ? Quelle raison ? Et pour quoi ? Dans quel but ? Accepter le repos, c’est se couper les ailes, C’est repousser le Graal où ses lèvres ont bu.
La vacuité d’esprit, ce serait déchéance ! Quand on aime la vie, on ne craint pas l’adieu. Et lorsque surviendra la superbe échéance, Son dernier mot, encor, sera « Pourquoi, Mon Dieu ? »