Mon intérieur est le néant où vit la paix Bien à l’abri du bruit dans un silence épais Où la rumeur entrée sans frapper se fait battre Par mille riens ligués contre elle pour l’abattre. Chez moi tout flotte dans un vide sidéral Délimité par mon organe viscéral Et si un ennemi se faisait un jour prendre Il ne trouverait pas de corde pour se pendre. Que j’aime ce néant dans sa placidité, Sa tranquille assurance et son acidité A dégoûter tous les férus de friandise Qui sont toujours aussi nombreux quoi qu’on en dise. Que mon néant se plaît dans ma propriété Pas toujours bien fermée à la sobriété Et me fait comprendre que le plus inutile S’accommode de ce qui est le plus futile ; Ne s’occupant pas des falbalas d’ici-bas Il reste cloisonné au blabla des débats.
Tu me fis être, mon dieu, quand tu me fis naître : Donne-moi juste un peu de temps pour me connaître ; Créas-tu mon néant en entassant un air Impossible à percer par le fer et l’éclair ? Toi, tu as tout en toi et tu vis par toi-même Et tout le monde t’aime et je cherche qui m’aime ; Tu me conçus bien mais tu ne me donnas rien D’autre qu’une rude existence de terrien ; A toi les univers, la puissance et la gloire ; A moi de croire à ma victoire aléatoire ; A toi la richesse de ton comble béant ; A moi la souplesse de mon plein de néant.