Les aiguilles avancent et jamais ne reculent, Les aiguilles se trainent et la vieille pendule, Transpirant la poussière et la mélancolie Qui avait su naguère être un objet joli, Accroché au mur clair d’une administration Pointant ses yeux perçants dans une direction, Compte très lentement les heures du fonctionnaire Qui s’étonne parfois d’être encor sur la terre... Tic tac tic tac tic tac tic tac
Voyez vieille pendule, amie de l’employé Que l’on brutalisa ou qui fut bien choyé, Elle fut témoin muet des cocottes en papier, Des petits mots d’humour, des silences répétés ; Elle assista parfois aux querelles de certains Et aux petits sourires d’un bonheur soudain. Tic tac tic tac tic tac tic tac
C’est la grande muette qui ressent les passions Mais qui toujours discrète n’est jamais dans l’action. Quand l’employé s’en va, un autre le remplace, Nul n’est indispensable, il demeure une place. Parfois son cœur s’arrête, on lui met une pile Puis elle reprend alerte l’observation tranquille. Tic tac tic tac tic tac tic tac
Un jour un nouveau chef s’en va la décrocher La trouvant bien trop vieille, souhaitant la remplacer. C’est un nouveau décor pour les grattes papiers Mais pourtant leur travail n’a pas vraiment changé, L’atmosphère est pesante ou bien parfois l’on rit. Le chef est tout joyeux ou il se fâche et crie ; Dans une vieille corbeille on jette la pendule : Morceau de mécanique, un pauvre vieux bidule.