Voici déjà plus de cinq cents ans que je vis Et la camarde ne m’a pas encor repris. Est-ce un miracle ? Tant d’arbres sont tombés Et impuissant, je les ai regardés. Ma vie est désormais un vaste cimetière : Ici ne sont que jeunes, où sont les vieux d’hier ? Que sont mes amis devenus ? Partis dans l’au-delà, Il me prend d’être mélancolique parfois. J’ai eu bien de la chance car j’ai bravé les guerres Et les épidémies quand tant de mes frères Sont morts devant moi, ont été abattus Par l’homme, ce petit qui avance pourtant nu. Il me tarde que la mort m’entraîne dans son sillage ; Je rêve d’une autre vie : arbres et beaux herbages. A quoi me sert-il donc de continuer de vivre ? J’ai tout vu, tout connu : il est fini le livre. Ô mort, pourquoi encor me laisser sur la terre ? Je ne suis point malade mais mon cœur en hiver Se languit d’un ailleurs qu’il espère plus beau : Le Paradis des arbres, des fleurs et des oiseaux.