J’aime les galets qu’on ramasse le long des grèves Comme des talismans offerts au promeneur.
Durs, lisses, obstinés Venus depuis si longtemps sous l’immense houle Du fond des océans Jetés un jour hors de l’eau par les vagues Usés par les vents, brûlés par le soleil Puis par le ressac enfouis à nouveau sous le sable Parfois pour des siècles Ils resurgissent un beau jour à la lumière.
Les plus infimes graviers ont été des rocs imposants Et encore avant, du feu, jailli des entrailles de la Terre Les galets sont le temps.
Noirs et luisants comme les pions du jeu de Go Ou porcelaines opalescentes, pures dents de laits. À la géométrie du hasard, on recherche la sphère, L’œuf ou le disque parfaits Le motif coloré, mystérieux comme un signe. On rêve de trouver l’amulette que le destin nous a réservée L’heureuse trouvaille, l’aubaine minérale.
Et l’on ramène dans ses poches Innocent pilleur de plages Tous ces trésors lapidaires Ces morceaux du monde À jamais scellés dans le dur granit.
Les moins lourds luiront en des vasques emplies d’eau Plus brillants que des billes. Les plus massifs trôneront sur des bureaux Discrètement gravés du jour et du lieu de leur découverte. D’autres seront fichés dans la terre froide de nos jardins Sentinelles exilées, pour longtemps guettant la marée.