Nous sortons du métro à Sèvres-Babylone Près du square où un soir de ce dernier automne, Nous fîmes, insouciants, d’un banc public en bois, L’usage célébré par un fameux sétois. Les fenêtres fermées comme autant de paupières De l’hôtel Lutetia nous paraissent altières, Ignorants les passants car pour l’heure occupées A garder endormie leur clientèle huppée. Mais nous, bien éveillés, profitons du matin Et devant le portail de Saint Thomas d’Aquin, Je te soupçonne un peu d’avoir dit –entre nous- Cette bêtise pour m’extorquer un bisou. L’espace est dégagé, la rue du Bac passée Entre les Tuileries et le musée d’Orsay ; Le pont Royal nous ouvre accès à l’autre rive Et à ce grand jardin où parfois il m’arrive, Pour rompre l’écheveau du train-train quotidien, D’aller flâner pendant mon repos méridien Ou passer un moment assis sur une chaise Avec un John Irving ou un Garcia Marquez. A midi, nous irons déjeuner seule à seul Au restaurant chinois du passage Choiseul Sous la longue verrière où beaucoup d’élégantes Font claquer leurs talons, pomponnées et fringantes. Avant de retourner au job, en général, Nous faisons un crochet par le Palais Royal Pour y boire un café ou nous y promener Dans l’ombre à claire voie des tilleuls alignés Et pour y retrouver le canon tout petit Qui, comme une sirène, à midi, retentit. La journée commencée sous de si bons augures S’achèvera peut-être en une salle obscure Où nous serons tous deux côte à côte, installés Pour y voir une toile, à nos yeux, signalée.